Jean-Vincent PERIANO

peinture de Jean-Vicnent Periano


LA PEINTURE COMME COMPLEMENT D’AME

 

Mon travail consiste à transmettre au spectateur, mes sentiments, mes émotions et mes angoisses en une chose détachée qu’est le tableau.

 

Le fait de créer des personnages par le biais la matière picturale ne doit pas s’apparenter à la création de quelques incertaines entités pseudo-psychologiques dont je tiens les ficelles afin d’illustrer ma thèse, mais plutôt de donner vie à des personnages faits de chair et de sang, vivants, doués de leur propre conscience. Le piège à éviter consiste donc à ne pas créer des portraits ou des représentations de personnes, mais plutôt à créer des « types » ne reproduisant aucun Homme particulier, concentrant, condensant sous une forme picturale et humaine, une famille de caractères et d’âmes, exprimant un état permanent de l’Etre Humain, un malaise de l’Esprit dont la vie ne semble pas suffisamment faite pour lui, sorte de filon précieux dont je me dois d’extraire, extirper, trier, filtrer les coups de pinceaux d’or de la pensée, l’essence intrinsèque de la veine explorée.

 

Le tableau peut et doit devenir une création consciente d’elle-même, projetant en tous sens et dans tous les sens, d’invisibles tentacules, assimilant à sa substance toute substance étrangère, grandissant au rythme d’une croissance comme organique, par multiplication des motifs et des visages, comme la multiplication des cellules d’un corps.

 

La peinture est alors regardée comme un esprit semblable au mien, avant captif, mais maintenant libéré par le spectateur, par la rencontre, par la reconnaissance du souvenir libérateur, la délivrance étant en nous et en nous seuls.

 

Mais dans ce cas, comme une déchirure, une faille, un lâché-prise, une angoisse de l’infini jointe au sentiment castrateur des limitations, avec, en cet abandon, le désir de rassasier ma soif en crevant le nuage noir qui me cache la vue, pour m’en abreuvoir jusqu’à plus soif, comme toute la création faisant irruption dans un esprit trop étroit pour le contenir, et l’assaillant jusqu’à en rompre les faibles parois.

 

Le message que doit transmettre mon travail doit s’efforcer de rendre clair, de mettre sous forme de matière, des sentiments, des vérités « extra matérielles ».

C’est le pouls même de la vie, de la vraie nature, essayant d’en tracer les traits et les effets.

Et si ces personnages sont vrais, ce n’est pas parce qu’ils sont copiés d’après nature par le biais d’un pinceau ou d’un fusain, mais parce que leur vérité est subordonnée à celle de l’ensemble, dépendants des lois propres comme la perspective, les couleurs ou la tonalité, mais bien également parce que je suis convaincu, et eux aussi puisqu’ils ont leur propre conscience, qu’ils demeureront inimitables.

 

Le style de la création, dont je pense pouvoir dire qu’il se situe à mi-chemin entre l’intérieur et l’extérieur, se fait donc ainsi, n’excluant ni la verve du geste, ni la puissance des couleurs vives.

 

Il m’apparaît, années après années, qu’il n’y a pas de meilleur manière pour prendre conscience du sentiment des autres que celui de prendre conscience en soi de l’existence de la Création dans son contexte le plus Absolu. Une sorte d’empathie, mais pas de celle des psychologues de tous genres, mais plutôt un état infiniment plus puissant, mais également très simple, en regardant les autres comme des Hommes véritables, mieux que je ne le suis, pour me renseigner de ce qu’il y a de plus essentiel en moi et donc en eux.

 

Il n’y a plus alors de science ou de poésie, tout est un.

L’un ne peut plus se passer de l’autre, et non seulement par la représentation picturale de quelques pigments fixés sur un support, mais par l’explosion des sens, par les retrouvailles des choses que tout semble séparer.

 

Jean-Vincent PERIANO

Aire, 2016